COMMENTAIRE DE MARCHÉ HEBDOMADAIRE DU BLACKROCK INVESTMENT INSTITUTE

Perspectives de marché

  • Peu d'arguments en faveur d'une fin prochaine de la guerre d'agression de la Russie
  • Les problèmes de la chaîne d'approvisionnement s'aggravent avant de s'améliorer
  • Le marché a probablement trop intégré les hausses de taux de la BCE

Pour les marchés financiers, beaucoup de choses dépendent du fait si la situation en Ukraine se termine ou non dans un avenir proche. Si ce n'est pas le cas, les prix de l'énergie et des denrées alimentaires devraient continuer à augmenter, le risque de récession en Europe devrait s'accroître et une combinaison de pénurie de l'offre et de peur de l'avenir devrait paralyser l'activité économique. Parallèlement, il est prévisible que les objectifs fiscaux de l'Europe occidentale, comme le retour prévu au frein à l'endettement et au pacte de stabilité, ne seront plus valables au vu des conséquences de la guerre. L'aide militaire nécessaire à l'Ukraine devrait à elle seule s'élever à des dizaines de milliards si l'Europe ne veut pas se laisser distancer par le soutien des Etats-Unis (3,5 milliards d'USD déjà versés, 33 milliards supplémentaires promis). A cela s'ajoutent les coûts liés à l'accélération du passage des sources d'énergie fossiles aux sources d'énergie durables, afin de réduire la dépendence à l'égard de la Russie, ainsi que d'autres conséquences directes de la guerre, comme l'aide aux personnes qui ont fui leur pays.

Un retour rapide à la conception de la stabilité d'avant la crise apparaît de plus en plus comme un vœu pieux. Il serait plus judicieux de considérer le défi historique auquel l'Europe est actuellement confrontée comme un catalyseur de l'intégration fiscale dont elle a tant besoin, du moins dans la zone euro. Il est possible que le rendement du Bund à dix ans, qui a augmenté d'environ 130 points de base depuis le début de l'année, ne soit pas seulement l'ombre d'une politique plus stricte de la BCE, mais aussi celle d'une politique budgétaire européenne plus expansive.

Dans ce contexte, des regards de plus en plus inquiets se tournent vers la conjoncture européenne. Après l'expérience du premier semestre 2020, lorsque les premiers lockdowns Corona en Asie ont entraîné des pénuries massives d'approvisionnement en Europe également, nous risquons d'avoir une impression de déjà-vu. Des centaines de porte-conteneurs géants se pressent devant les plus grands ports à conteneurs du monde sur la côte est-asiatique, les statistiques commerciales enregistrent déjà les premières traces de freinage sévère, et on ne voit toujours pas la fin des nouvelles restrictions Covid. En plus des effets négatifs considérables de la situation en Ukraine, ces perturbations devraient affaiblir sensiblement la croissance européenne cette année.

Les attentes du marché concernant les taux d'intérêt de la BCE se sont envolées

Pour les raisons évidentes mentionnées ci-dessus, la prévision de croissance du PIB de 3,7% pour la zone euro en 2022 publiée en mars dans les Staff Projections, les estimations Marko des économistes de la BCE, est probablement beaucoup trop élevée. Le 9 juin, la BCE présentera les estimations actualisées de ses experts, et il n'est pas nécessaire d'avoir des dons prophétiques prononcés pour s'attendre à une nette révision à la baisse. Mais si la dynamique européenne devait effectivement s'assombrir fortement en raison de la guerre, de la pénurie d'offre et de la peur de l'avenir, la pression sur la Banque Centrale pour qu'elle relève enfin les taux d'intérêt en raison de l'inflation élevée se relâcherait probablement. Après la fin des achats d'obligations, vers juillet ou septembre, la BCE pourrait alors commencer à ramener le taux de dépôt négatif vers zéro, sans toutefois relever les taux directeurs vers le niveau neutre ou même au-delà. Une normalisation aussi prudente semble en effet s'imposer, car d'une part l'activité dans la zone euro n'a pas encore retrouvé sa tendance pré-Covid (elle se trouve donc, techniquement parlant, toujours dans la zone des écarts de production négatifs), et d'autre part de nouveaux risques importants menacent, comme nous l'avons décrit plus haut. Tout porte donc à croire qu'avec trois hausses de taux d'intérêt ou plus, le marché a dépassé son objectif. Pour les actions et autres placements à risque, ce serait une bonne nouvelle en vue du second semestre. Et nous avons tous besoin de bonnes nouvelles en ce moment.