Marchés émergents – la Chine et au-delà ?

Risque de perte en capital. La valeur des investissements et le revenu en découlant peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse et ne sont pas garantis. Les investisseurs ne sont dès lors pas assurés de récupérer leur investissement initial.

Alors que les actions chinoises représentent aujourd’hui environ 40 % de l’indice MSCI Emerging Markets, nous estimons que l’importance du pays pour les investisseurs mondiaux est vouée à croître, à mesure que l’inclusion des actions A s’accélère.[1]

Pour un investisseur concentré sur les marchés émergents qui aborde le marché chinois, les quelque 4 000 sociétés cotées du pays suffisent presque à doubler l’univers d’investissement. Autrefois relativement fermé, ce marché permet désormais d’accéder aux secteurs qui répondent aux besoins d’une population de 1,4 milliard d’habitants[2], tels que les entreprises du câble et du satellite, les détaillants de médicaments et les fabricants de produits blancs / appareils électroménagers.

Nous avons discuté avec Gordon Fraser et Stephen Andrews, de l’équipe Global Emerging Markets de BlackRock, des conséquences de la montée en puissance des actions chinoises pour les investisseurs des marchés émergents et l’impact positif de cette évolution sur les portefeuilles.

Rien ne garantit qu’un retour positif sur investissement sera atteint. Les références à des placements spécifiques contenues dans le présent document sont fournies à titre indicatif uniquement et ne doivent pas être considérées comme un conseil ou une recommandation d’investissement.

Le marché domestique des actions chinoises présente des caractéristiques d’investissement très similaires à celles de l’univers plus large des marchés émergents. Ses aspects les plus remarquables sont la diversité des opportunités et l’étendue des facteurs susceptibles d’influer sur la performance des actions.

Bien que la Chine constitue un marché unique, chaque secteur est sensible à un ensemble de facteurs très différents. Les orientations politiques et réglementaires, ainsi que l’évolution des conditions financières qui influencent le marché, peuvent avoir un impact significatif sur les performances. Les investisseurs qui en tiennent compte dans leurs décisions d’allocation sectorielle sont en mesure d’améliorer l’efficacité de leurs stratégies actives.

Dès le deuxième trimestre 2020, nous nous sommes intéressés aux secteurs susceptibles de bénéficier des mesures de relance budgétaire et des investissements chinois en immobilisations, notamment par le biais de projets d’infrastructure et de soutien au secteur de la santé. En premier lieu, cela nous a permis d’identifier certaines opportunités dans les secteurs du ciment et des matériaux de construction. D’autre part, si certaines parties du secteur de la santé ont vu leur valorisation progresser en raison de l’épidémie de Covid-19, nous estimons que les perspectives de long terme restent favorables aux entreprises impliquées dans la fabrication de dispositifs médicaux, les installations de soins de santé, le personnel médical et les biotechnologies.

En revanche, nous sommes désormais plus pessimistes sur les banques. Les institutions publiques pourraient être appelées à soutenir les petites et moyennes entreprises, tandis que la poursuite de l’assouplissement monétaire exercera une pression supplémentaire sur les marges d’intérêt nettes. Dans le domaine de la consommation, nous pensons que les réductions de bénéfices ne sont pas terminées, ce qui nous incite à rester prudents. Nous ciblons les entreprises qui pourraient bénéficier d’un changement structurel dans le comportement des consommateurs. Dans cette optique, nous favorisons les leaders sectoriels capables de résister à la volatilité de court terme et de gagner des parts de marché. Enfin, les logiciels sur le cloud, l’éducation en ligne, le commerce électronique et les plateformes de distribution de plats cuisinés sont autant de domaines qui suscitent notre intérêt.

Rien ne garantit qu’un retour positif sur investissement sera atteint. Les références à des placements spécifiques contenues dans le présent document sont fournies à titre indicatif uniquement et ne doivent pas être considérées comme un conseil ou une recommandation d’investissement.

Dans le contexte des marchés émergents, il faut garder à l’esprit que cet univers compte plus d’une vingtaine de pays, possédant tous un environnement politique et macroéconomique particulier – ce qui se passe en Russie ou au Brésil n’a guère d’influence sur les marchés indien ou indonésien. Cela offre un niveau de diversification naturelle inégalé dans d’autres classes d’actifs, car les marchés réagissent différemment aux pressions extérieures en fonction de la balance courante, des échanges et des réserves de devises du pays concerné.

Alors qu’il s’avère difficile d’évaluer l’impact de la Covid-19 et que les tensions géopolitiques entre les États-Unis et la Chine persistent, nous continuons d’identifier des poches de valeur dans l’univers des marchés émergents. Comme les investisseurs se concentrent davantage sur les grandes économies telles que la Chine, la couverture des petits marchés est de moins en moins assurée, ce qui accentue le profil de rendement/risque asymétrique pour ceux qui prennent la peine de s’y intéresser.

À travers l’étude de la position des pays au sein du cycle économique et l’analyse du potentiel d’amélioration ou de détérioration des conditions macroéconomiques, nous cherchons à produire de l’alpha en sélectionnant des titres prometteurs, mais aussi grâce à une allocation efficace des risques aux marchés bien positionnés pour surperformer.

L’idée selon laquelle tous les marchés émergents ne se valent pas a été illustrée il y a quelques mois. En effet, l’incertitude liée à la Covid-19 ayant entraîné une fuite vers la sécurité, les pays qui accusent d’importants déficits et financent leur budget principalement par des flux de capitaux étrangers ont été parmi les plus durement touchés. Aujourd’hui, des pays comme l’Inde et l’Indonésie nous semblent de plus en plus attrayants. Des efforts de relance sans précédent, au niveau mondial, devraient fournir d’importantes liquidités tandis que des taux plus élevés pourraient encourager une reprise des flux de capitaux étrangers, tout en renforçant la marge de manœuvre des responsables politiques pour la suite. À l’inverse, nous considérons que des régions comme la Corée du Sud et Taïwan resteront probablement sous pression en raison de leurs très faibles taux d’intérêt et des perturbations persistantes de la chaîne d’approvisionnement technologique.

Dans les deux cas, nous pensons qu’aligner les convictions top-down et bottom-up devrait permettre une plus grande cohérence des rendements à travers les cycles du marché. En dehors de l’Asie, le faible endettement de la Russie a permis d’éviter les sorties de capitaux, et devrait permettre de bénéficier d’un futur redressement des cours du pétrole. Au Mexique, nous restons prudents en matière de croissance, mais constatons une amélioration des tendances économiques, notamment une hausse de la part de marché des exportations américaines et un contexte favorable à une nouvelle baisse des taux. Nous avons identifié des opportunités pour tirer parti de la faiblesse récente des actions et de la devise, en achetant des entreprises de qualité à de faibles valorisations.

Les inefficiences de prix offrent aux pionniers la possibilité d’extraire davantage d’alpha

Le marché domestique des actions A chinoises n’échappe pas à la volatilité des marchés émergents – environ 65 % des actions de l’indice MSCI EM ont enregistré des mouvements d’au moins 40 % par an au cours de la dernière décennie, et ce chiffre passe à 80 % dans le cas des indices composites de Shanghai et de Shenzhen[3]. Ce phénomène s’explique en partie par la structure du marché chinois, qui affiche un taux de détention par des investisseurs étrangers très faible – autour de 3,4 %[4]. Cette situation, associée à la prédominance des particuliers dans les volumes d’échanges (~82 %)[5] et aux faibles niveaux de couverture de l’analyse de titres formelle, a entraîné d’importantes inefficiences de prix permettant de générer des niveaux d’alpha plus importants.

Le graphique ci-dessous illustre ce phénomène. Sur une période de cinq ans en base annualisée, le gérant actif américain médian a sous-performé l’indice S&P 500 de -1,1 %, tandis que les gérants du premier quartile n’ont généré que +0,4 % de rendement excédentaire. Lorsqu’on observe les marchés émergents et la Chine offshore, le pouvoir de génération d’alpha des gérants actifs s’avère supérieur à celui de leurs homologues des pays développés, le gérant médian ayant surperformé l’indice sur la même période (+0,5 % par rapport à l’indice MSCI EM et +1,3 % par rapport à l’indice MSCI China, respectivement). Cependant, le marché chinois des actions A constitue une classe à part. Alors que la catégorie est encore relativement récente, le gérant actif médian a produit +11,1 % de rendements excédentaires annualisés sur un horizon de 5 ans, tandis que les gérants du quartile inférieur sont parvenus à dégager une surperformance de +9,6 % par an, sur la même période, par rapport à l’indice MSCI China A Domestic. Comme indiqué dans la note de bas de page ci-dessous, les limites de cette analyse peuvent inclure la taille de l’échantillon et un biais d’horizon temporel.

Dispersion de la performance excédentaire des gérants actifs par catégorie (annualisée sur 5 ans)

Rendements excédentaires (5 ans)

Source : BlackRock, eVestment Compare, à la fin mars 2020. Performance annualisée brute de frais, en USD. Le graphique de l’encadré illustre la performance excédentaire brute des stratégies du 2e (vert) et du 3e (jaune) quartile, classées dans leurs univers eVestment respectifs. Les tiges extérieures représentent les stratégies des 5e et 95e percentiles au sein du même univers. Les actions américaines sont représentées par 521 stratégies actives comparées à l’indice S&P 500. Les actions des marchés émergents sont représentées par 481 stratégies actives comparées à l’indice MSCI EM. Les actions chinoises sont représentées par 206 stratégies actives comparées à l’indice MSCI China. Les actions A chinoises sont représentées par 69 stratégies actives comparées à l’indice MSCI China A Domestic. Les chiffres indiqués font référence à des performances passées. La performance passée ne garantit pas les résultats futurs.

 

Remarque: les résultats ne reflètent pas la déduction des frais de gestion/conseil et autres dépenses. Les frais de gestion/conseil et autres dépenses réduiront la performance d’un client.

Si nous sommes fermement convaincus que l’investissement thématique n’a pas de pouvoir prédictif à long terme sur la performance des actifs, nous reconnaissons que l’évolution des tendances peut potentiellement révéler de nouvelles opportunités. Voici quelques idées à prendre en considération, alors que le monde post-Covid-19 approche :

  • Global contre local : les tensions géopolitiques sino-américaines se sont aggravées et devraient persister, avant et pendant les prochaines élections américaines. Tandis que la démondialisation mettra les chaînes logistiques sous pression, elle pourrait également ouvrir la voie à l’essor des fabricants nationaux, l’autosuffisance devenant prioritaire.
  • Montée en puissance de la technologie dans un monde à distance : la pandémie a radicalement modifié notre façon d’interagir avec les autres au quotidien. Alors que le télétravail, l’éducation en ligne, la diffusion vidéo en continu et les services de livraison prennent une place croissante, les logiciels et les infrastructures technologiques continueront d’évoluer pour répondre à la demande future.
  • Voyager... pour les affaires ou pour le plaisir ? À mesure que les inquiétudes concernant la transmission du virus s’estompent en raison de la disponibilité de vaccins ou d’un déclin naturel des cas d’infection, les voyages d’agrément devraient enregistrer un rebond significatif. En revanche, les voyages d’affaires pourraient rester pénalisés, car la visioconférence s’est affirmée comme une alternative viable et moins coûteuse que les réunions et les événements exigeant une présence physique.

[1]MSCI, à la fin mai 2020. Le poids des actions chinoises dans l’indice MSCI Emerging Markets englobe les actions cotées sur les marchés domestiques et « offshore ». En ce qui concerne les actions A domestiques, leur inclusion dans les indices MSCI plus larges ne dépasse guère 20 %. Rien ne garantit qu’un résultat d’investissement positif sera atteint.
[2] Banque mondiale, à la fin 2018.
[3] BlackRock, Bloomberg, à la fin décembre 2019. L’analyse mesure le pourcentage moyen des actions de l’indice (indice MSCI EM ou indices composites agrégés de Shanghai et Shenzhen) dont les mouvements ont dépassé 40 % par an entre 2009 et 2019.
[4] Goldman Sachs, à la fin mars 2020.
[5]Goldman Sachs, Shanghai Exchange, à la fin décembre 2017 (les chiffres de la Bourse doivent être mis à jour).

Gordon Fraser, CFA
Co-Head, Global Emerging Markets Equities, BlackRock Fundamental Active Equities
Stephen Andrews
Co-Head, Global Emerging Markets Equities, BlackRock Fundamental Active Equities