• Se concentrer sur les probabilités et utiliser une grande diversification pour atténuer le risque.
  • Utiliser des instruments de placement internationaux pour réduire les droits successoraux à payer aux États-Unis et l’impôt sur les revenus étrangers.
  • Tisser des liens étroits avec les clients pour mieux traverser les périodes de grande volatilité des marchés.

En quoi votre pratique de la profession se distingue-t-elle?

Comme la plupart de nos clients sont des investisseurs prudents, nous privilégions la préservation du capital.

J’ai commencé ma carrière dans le domaine financier en 1996; dès 1998, il y a eu la crise asiatique. Ensuite, il y a eu la bulle technologique, puis le scandale des fraudes comptables. Quelques années plus tard, il y a eu la crise des papiers commerciaux. En 2011, la crise du crédit a éclaté en Europe.

Au fil des ans, j’ai acquis une bonne dose d’humilité. Je n’en sais pas plus que les autres gestionnaires de portefeuille et je ne suis pas plus futé que le marché. Au lieu de me concentrer sur ce qui va se produire selon moi, je me concentre donc sur ce qui pourrait se produire.

J’estime que de nombreux conseillers feraient du meilleur travail pour leurs clients s’ils adoptaient la même attitude.

Quels sont les principaux facteurs à prendre en considération quand on compose un portefeuille diversifié sur le plan international?

Les rendements des actions américaines peuvent varier considérablement, selon que l’on détient ces titres en dollars américains ou en dollars canadiens. Parfois, les fluctuations des devises jouent en votre faveur, et parfois non.

« Au fil des ans, j’ai acquis une bonne dose d’humilité. Je n’en sais pas plus que les autres gestionnaires de portefeuille et je ne suis pas plus futé que le marché. »

De plus, certains instruments de placement ont un traitement fiscal très complexe. Entre autres, le Bilan de vérification du revenu étranger (formulaire T1135), que doivent remplir les contribuables canadiens dont les biens étrangers valent plus de 100 000 $, est devenu beaucoup plus compliqué récemment. Les personnes nanties qui possèdent des actions américaines peuvent avoir à payer des droits successoraux considérables aux États-Unis.

Certains fonds négociés en Bourse (FNB) sont des fiducies, mais ils ne sont pas considérés comme des biens étrangers même s’ils sont composés d’actions américaines. Ils permettent donc aux investisseurs d’éviter ces inconvénients et de participer au marché boursier américain sans risquer de devoir payer des droits successoraux aux États-Unis à leur décès.

Avec les FNB, il est très facile de créer au Canada et en dollars canadiens un portefeuille diversifié de titres internationaux et d’éviter ainsi les frais de change et divers impôts. On a de plus le choix entre des fonds avec couverture et des fonds sans couverture.

Y a-t-il d’autres raisons qui vous ont incité à inclure les FNB dans votre portefeuille?

Il a été démontré que les chances de surpasser le marché sont très minces. Il y a toujours quelques gestionnaires qui y parviennent brièvement, mais à long terme, il est rare qu’un gestionnaire réussisse à le faire de façon soutenue.

Avant, j’avais recours à divers gestionnaires de placements. J’appelle cette stratégie la gestion du risque d’exécution : vous confiez une partie de l’argent de votre client à un gestionnaire dont le fonds est généralement moins affecté par les baisses des marchés. Bien entendu, ce genre de fonds réagit aussi modestement aux hausses des marchés. Vous confiez donc une autre partie du portefeuille à un gestionnaire qui sait profiter des hausses. En fait, vous êtes un peu comme l’entraîneur d’une équipe de hockey – et après un certain temps vous vous retrouvez avec un joueur d’avant qui joue le rôle du gardien de but ou un joueur de défense qui monte toujours au filet. Vos joueurs ne jouent pas le rôle pour lequel vous les avez choisis.

Quel conseil donneriez-vous aux conseillers moins chevronnés?

Pour saisir les bonnes occasions à l’échelle mondiale, il ne faut pas se tourner exclusivement vers les marchés étrangers, ni seulement vers le marché canadien. Il faut étudier toutes les possibilités… et il faut éviter d’investir dans les titres vedettes de l’année précédente. Tout le monde veut investir dans les titres les plus profitables, mais il ne sert à rien de le faire un an après qu’ils ont atteint leur sommet.

« Avec les FNB, il est très facile de créer au Canada et en dollars canadiens un portefeuille diversifié de titres internationaux et d’éviter ainsi les frais de change et divers impôts. »

Ne vous pensez pas meilleur que les autres gestionnaires. Ne vous croyez pas plus futé que le marché. Pensez à ce qui pourrait se produire au lieu de penser à ce qui va se produire selon vous. Vous obtiendrez une plus grande diversification et vous réduirez les risques que vos clients ne vivent une mauvaise expérience.

Enfin, souvenez-vous de ce dicton : « Les clients ne s’intéressent pas à ce que vous savez; ils veulent savoir si vous vous intéressez à eux. » Chaque fois que nous demandons à nos clients ce que nous pourrions faire pour mieux les servir et ce qu’ils apprécient le plus de nous, ils se disent très heureux du fait que nous communiquons avec eux régulièrement, que la conjoncture soit bonne ou mauvaise. Rapprochez-vous de vos clients; c’est ce qui fera la différence.

Jean-Philippe Ste-Marie

Jean-Philippe Ste-Marie

Conseiller en gestion de patrimoine, Gestionnaire de portefeuille
Financière Banque Nationale

Jean-Philippe Ste-Marie s’est joint à la Financière Banque Nationale en 1998. Conseiller en placements et gestionnaire de portefeuille, lui et son collègue Luc Richard se consacrent principalement au suivi rigoureux des plans de placement de leurs clients

À propos…

Les gens qui gèrent eux-mêmes leur portefeuille privilégient souvent les placements au Canada. Ils ont tendance à investir dans des sociétés qu’ils connaissent, des entreprises locales ou quelques géants internationaux. De nombreuses occasions leur échappent. Après avoir étalé toutes les pages d’un journal sur une table, si les articles que vous lisez ne couvrent que 4 % de la table, il est probable que des nouvelles très intéressantes vous échapperont. Vous voyez où je veux en venir : l’investisseur qui ne s’intéresse qu’au marché canadien rate de bonnes occasions. Il est bon d’investir au Canada quand les prix des actions sont plus avantageux ici qu’ailleurs, mais cette situation ne peut pas durer indéfiniment. Les actions et les catégories d’actif qui surpassent le marché finissent généralement par décevoir, et vice versa.