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REVENU FIXE CANADIEN ANALYSE MENSUELLE

Le monde en 2019

BlackRock |22 janv. 2019

Les marchés se sont peut-être emballés

L’année 2018 tire à sa fin et les marchés obligataires et boursiers mondiaux se trouvent en territoire négatif, ce qui arrive rarement. Pour les porteurs d’obligations, la question déterminante est la suivante : que va-t-il se passer?

Les mêmes tendances pourraient se poursuivre. Notre scénario de base table sur l’instabilité persistante de l’équilibre étant donné que les données fondamentales positives, représentées par la solide croissance de l’économie et des bénéfices des sociétés, s’opposent à l’intensification de l’incertitude sur le plan macroéconomique. Dans l’ensemble, nous continuons de prévoir un environnement favorable (mais à peine) aux actifs risqués; le cycle économique semble s’éterniser et les vulnérabilités financières s’accentuent.

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Ces vulnérabilités sont essentiellement imputables à l’accroissement de l’incertitude économique, alimentée en grande partie par les querelles commerciales, et au resserrement des conditions financières, attribuable à une politique monétaire orientée vers un niveau neutre. En 2019, la croissance mondiale devrait ralentir, de même que la croissance des bénéfices des sociétés, car l’économie américaine arrivera en fin de cycle. Selon nous, le risque d’une récession aux États-Unis en 2019 est peu élevé... mais les vulnérabilités financières restent préoccupantes. Elles sont largement inférieures à leur niveau d’avant la crise, mais elles augmentent. Les valorisations des actifs semblent raisonnables, étant donné que les taux d’intérêt demeurent peu élevés, et la situation des ménages américains est robuste (ce qui n’était pas le cas au milieu des années 2000). Les niveaux d’endettement des entreprises sont raisonnables, mais ils semblent excessifs dans certains segments. Sur les marchés privés, en revanche, les valorisations sont élevées.

Aucun de ces éléments ne laisse entrevoir une récession, mais la crainte d’une récession pourrait représenter un facteur plus important, susceptible de nuire aux actifs risqués tout en favorisant les obligations. Les vulnérabilités qui se sont formées au cours des 10 dernières années pourraient raccourcir le cycle – ou en aggraver l’essoufflement, le cas échéant –, en particulier dans un contexte de resserrement des conditions financières. Aux États-Unis, où la normalisation des taux d’intérêt est plus avancée que dans les autres pays développés, les conditions financières ne sont toujours pas restrictives, même si nous croyons que le taux directeur approche de son niveau neutre. Cette situation a intensifié l’incertitude à l’égard de la Réserve fédérale américaine (Fed) en 2019.

Dans la zone euro, il semble que la politique monétaire restera expansionniste, du moins pour la prochaine année; l’inflation demeure obstinément inférieure à sa cible, étant donné qu’une fois de plus, l’Europe ne semble pas parvenir à croître de façon soutenue. Le risque d’éclatement de l’Union européenne n’arrange pas les choses. Nous croyons qu’un accord sur la période transitoire suivant le Brexit pourra être conclu avant la date butoir, en mars 2019, mais les choses ne se dérouleront pas harmonieusement. L’Italie pourrait représenter une source de préoccupation plus importante, car elle semble sur le point d’entamer un long bras de fer avec la Commission européenne; les écarts de taux des obligations italiennes devraient s’élargir encore.

Par ailleurs, certains éléments permettent de faire preuve d’un optimisme prudent à l’égard des marchés émergents. Les valorisations y sont moins élevées. La Chine met en place des mesures de relance. Les risques propres à certains pays, comme la Turquie et l’Argentine, ont peut-être atteint leur apogée. Si la Fed fait une pause dans le relèvement des taux, ou si les tensions commerciales s’atténuent, les marchés émergents en profiteraient immédiatement. En ce qui concerne le commerce, toutefois, nous estimons peu probable qu’une entente importante entre les États-Unis et la Chine ait des répercussions considérables en 2019, notamment parce que le conflit sous-jacent – la lutte pour la domination technologique – entraîne ces deux pays dans une longue guerre froide économique. Si la querelle se poursuit, les sociétés réorganiseront vraisemblablement leurs chaînes d’approvisionnement, ce dont le Mexique et l’Asie du Sud-Est devraient tirer parti. Une dépréciation significative du yuan semble peu vraisemblable, mais la Chine réagira probablement par la mise en place de nouveaux programmes de relance budgétaire, le soutien à la croissance et à la stabilité politique, dont profiteront aussi les marchés émergents.

Si la Chine cherche à stabiliser son économie, les États-Unis jouent un rôle qu’ils n’ont pas l’habitude de jouer : celui de source importante d’instabilité géopolitique. Outre ses visées protectionnistes en matière d’échanges commerciaux, le caractère belliqueux de leur administration – qui ne pourra que s’intensifier en raison de la division nouvelle au sein du Congrès – donne à penser que le fossé profond dans l’univers politique américain ne pourra que s’aggraver. L’impasse politique semble représenter le scénario de base. Nous prévoyons une « conjoncture agitée ».

Pour les investisseurs, 2019 devrait donc être une (autre) année en dents de scie. Comment devraient-ils réagir? En général, les espèces et les quasiespèces peuvent se révéler utiles en cas de ventes massives, alors que les investisseurs qui optent pour les titres de créance de courte échéance sont mieux rémunérés. Par contre, si les actions reculent davantage, les obligations à long terme offriront une marge de manœuvre.

Notre prochain commentaire sera l’occasion de nous pencher en détail sur les répercussions pour les investisseurs en titres à revenu fixe canadiens, mais pour l’instant, pensez à ceci : dans une conjoncture incertaine, la résilience revêt une importance cruciale. Il ne s’agit pas seulement de réduire le risque, mais aussi d’être souple et de savoir réagir aux occasions – ainsi qu’aux menaces – qui se présentent.

Ce qu’elles ne manqueront pas de faire.

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